Benjamin

CARLIER

Responsable d’incubateur

de startups

Le Tremplin

Les startups sportives à l’assaut du Big Data

 

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Quelle est la vocation du Tremplin et quel est son rayonnement ?

 

Le Tremplin, lancé officiellement le 25 novembre 2014 a accompagné 17 startups pour la 1ère promotion, sélectionnées sur plus de 100 candidatures et 19 startups sur 120 dossiers lors de la 2ème édition. C’est un gage d’innovation et de réussite pour les startups sélectionnées. Le Tremplin, compte parmi ses partenaires membres fondateurs l’INSEP, la FDJ, Nike, l’UCPA, Unibail Rodamco, la Maif, les magasins Lepape, Accor Hotels Arena… Les partenaires font partie de la gouvernance du Tremplin et sont parties prenantes des décisions sur l’évolution du Tremplin. Etre partenaire du Tremplin leur permet également de faire du sourcing de startups et leur donne accès aux ateliers et conférences organisés à l’incubateur, ce qui leur permet de développer une culture de l’innovation en interne. Le Tremplin crée un écosystème permettant aux acteurs du sport et de l’innovation de se rencontrer, d’échanger et de répondre ensemble aux problématiques liées à ce secteur dynamique.

Le rayonnement du Tremplin dépasse les frontières de l’hexagone. Il s’agissait d’une nouveauté mondiale que de créer un incubateur dédié au sport. Ils ont reçu la visite de délégations brésiliennes, néerlandaises, italiennes, néo-zélandaises, espagnoles et canadiennes. Ce rayonnement est très intéressant pour les startups, car il leur permet d’être en contact avec des fonds d’investissements étrangers.

Le Tremplin propose un accompagnement individuel et collectif aux startups incubées et donne accès à un écosystème en leur proposant de participer à des évènements, de pitcher devant des clients potentiels.

Dans le domaine de la data, le Tremplin propose des ateliers sur la thématique, des sessions de coworking, organisées entre les startups qui échangent et s’entraident sur les difficultés rencontrées.

Nous avons également mis en place la conférence annuelle DATA Foot avec la Fédération Française de Football (FFF) et HEC Alumni qui se tient au siège de la FFF. Cette conférence a abordé dans un premier temps la question de l’utilisation des données pour la performance puis, dans un second temps, la mise en valeur des données.

 

 

Quel est le nouveau potentiel de la data dans le sport ?

 

Il y a des sports dans lesquels les statistiques sont omniprésentes depuis des années comme le football américain, le basketball, le baseball etc.

Les données ont toujours été omniprésentes dans le sport. La mesure de la performance en athlétisme est basée par exemple sur une distance, une hauteur ou un temps… Dans les matchs de foot, on compte le nombre de corners, de tirs cadrés… Sur cette question, je conseille le film « Le Stratège », inspiré de faits réels qui raconte l’histoire d’une équipe de baseball de 4ème zone qui a gagné 20 matchs d’affilés, malgré des moyens limités, en recrutant son équipe uniquement en fonction d’analyses statistiques approfondies.

Exit le flair du recruteur, bonjour l’analyse statistique. Ce film a marqué un tournant dans l’usage des données dans le domaine du sport.

On passe aujourd’hui des données loisirs, qui servaient des intuitions, à un véritable modèle de recrutement et d’analyse du sport. Un virage a été pris sur la façon de faire du sport et notamment du sport de haut niveau. La multiplication des capteurs permet désormais de pousser l’analyse de la performance des sportifs de haut niveau à un niveau de précision exceptionnel.

Le Big Data est utilisé depuis quelques années pour optimiser la performance sportive, notamment avec l’exemple de l’équipe allemande

accompagnée par SAP, lors de la Coupe du Monde de football 2014, qui a su se préparer parfaitement face au Brésil avec une victoire 7-1. Ce n’est pas le Big Data «qui va marquer des buts» mais «il permet d’analyser précisément les jeux et de prendre les meilleures décisions», expliquait Oliver Bierhoff, manager de la Mannschaft lors d’une interview réalisée en 2016 : «Les données seront de plus en plus importantes dans l’avenir. C’est pourquoi nous travaillons à l’académie pour qu’il y ait toujours plus d’experts en traitement des données dans le football.»

 

 

Le Big Data a-t-il une influence dans tous les domaines sportifs ?

 

Dans le sport de haut niveau, de très nombreuses startups vont s’illustrer. La thématique des capteurs est extrêmement importante et  Mac Lloyd Sport, l’une d’entre elles, incubée au Tremplin, développe et fournit des capteurs pour équiper le monde du rugby. En match, les capteurs permettent d’extraire les informations sur les distances, les appuis au sol, la vitesse d’exécution des actions, les baisses de régime des joueurs, le rythme cardiaque, les séances d’entrainement, la charge de travail imposée au joueur ainsi que la prévention de certaines blessures. On est par exemple capable de connaitre le déséquilibre entre la  jambe gauche et droite d’un joueur lors du match ce qui permet de détecter un signe précurseur de blessure. Aujourd’hui les joueurs de rugby vont regarder les données du match pour mieux se connaitre, mieux quantifier leurs réalisations et comparer leurs performances.

 

Arioneo, dans le domaine de l’équitation, développe des solutions connectées d’analyse de la performance et de la santé des chevaux athlètes, un domaine dans lequel on manquait cruellement d’informations. La société s’appuie sur son expertise en physiologie équine et Data Mining pour assurer l’efficacité de ses algorithmes au service d’un tracking de l’activité physiologique et sportive des chevaux.

 

Connected Cycle s’illustre dans le cyclisme en concevant et développant des solutions de géolocalisation et de suivi d’activité à partir d’objets connectés. Connected Cycle a présenté la

première pédale connectée au monde, alimentée par l’énergie du pédalage. La pédale alerte le propriétaire sur son smartphone lorsque son vélo est déplacé, et permet de le géo-localiser à tout instant. Elle enregistre automatiquement chaque trajet effectué : itinéraire, distance parcourue, vitesse, dénivelé, calories consommées. Les statistiques sont envoyées dans le cloud, et mises à disposition des utilisateurs à travers l’application. Elle s’accompagne aussi d’outils destinés aux professionnels de la location pour mieux gérer leurs flottes de vélos.

 

Footovision, grâce à un logiciel de tracking à partir de vidéos de matchs de football, calcule toutes les données de position des joueurs, du ballon et les évènements de jeu (passes, tirs, possession de balles etc..). Le logiciel les sauvegarde également en base de données. L’analyse peut être effectuée soit via une application représentant le pitch virtuel en 3D, soit directement sur la vidéo originelle en réalité augmentée. Ils sont capables de faire l’ensemble de ces analyses à partir du simple flux télé. Nous sommes abreuvés de chiffres à la télévision mais ceux-ci ne reflètent pas forcément la performance des joueurs. Ils ont développé un algorithme qui va chercher à détecter les joueurs, les coéquipiers autour de lui, la position des joueurs adverses, si les passes sont considérées comme faciles ou difficiles et à combien de joueurs ils peuvent potentiellement faire la passe. Footovision a pu mettre ses technologies et applications en tests dans plusieurs stades lors de l’Euro 2016.

 

Amisco & ProZone est un pionnier dans le suivi des athlètes, l’analyse des performances sportives et la gestion des actifs. Ils permettent notamment aux responsables et staffs techniques d’optimiser leur processus de décision avec des informations objectives et d’améliorer la gestion d’effectif et la stratégie de recrutement dans un contexte compétitif.

 

 

Entraîneurs et Data Scientists : comment se positionnent-ils ?

 

Le club du Leicester dispose d’une data room composée de quatre Data Scientists qui analysent en temps réel les données des joueurs. Il s’agit d’un métier d’avenir dans le football pour permettre de fournir des informations complémentaires à la mi-temps des matchs grâce au Big Data. Leur rôle va être de plus en plus important et les entraîneurs doivent apprendre à travailler avec eux pour des conseils performants. Néanmoins, il y 2 ans lors du match de rugby France - Angleterre se déroulant au Stade de France, à la 65ème minute de jeu, la France perd de plus de 10 points. L’entraîneur anglais voit alors sur sa tablette que son numéro 9 est fatigué et décide de le remplacer. Il s’agissait d’une erreur de l’entraîneur car le demi de mêlée avait une influence irremplaçable sur le match et sur l’arbitre. La France va remporter le match. C’est un business dans lequel l’arrivée du Big Data permet de diminuer l’aléa et le risque. Il s’agit d’une recette miracle, en revanche si tous les clubs s’en emparent, le rôle de l’entraineur en collaboration avec les Data Scientists sera toujours de gérer les hommes et de gagner des matchs par ses intuitions complémentaires aux datas collectées.

 

 

Quid des données dU sport amateur ?

 

Le « Quantified self » prend de plus en plus d’importance, les données font également partie du quotidien des sportifs amateurs.

La startup Footbar développe, par exemple, des capteurs connectés dédiés au football et fournit des statistiques détaillées des championnats amateurs.

 

Strava est historiquement leader dans l’analyse et la comparaison des performances des runners et cyclistes entre eux. Adopté par plusieurs millions d’utilisateurs, Strava collecte les données via des technologies GPS et fournit des analyses précises notamment sur les tronçons empruntés par les cyclistes permettant aux amateurs de se comparer aux professionnels.

Le monde amateur alimente le monde professionnel et inversement.

 

La startup Mojjo s’illustre dans le tennis. Lors d’un match de tennis professionnel, on dispose de nombreuses données : nombre de points gagnés, zones de jeux. Ces données sont également extrêmement intéressantes pour des joueurs amateurs et permettent de décider quel devrait être le schéma idéal de jeu. Mojjo met ainsi à disposition une feuille de match détaillée et une bibliothèque vidéo de tous les évènements du match. Leur technologie représente une vraie rupture dans la mesure où l’algorithme de détection n’utilise qu’une seule caméra, là où les concurrents en utilisent 5 ou plus.

Dans chacun des sports, les services et analyses proposés sont sectorisés.

Dans le domaine amateur, on peut se demander si l’utilisation des données relève plus d’une mode ou d’un besoin de fond.

 

En revanche la Gamification du sport reste un des intérêts croissant lié à l’utilisation de la data. Running Heroes collecte par exemple l’intégralité des données, à partir des objets connectés utilisés lors du parcours, pour récompenser les coureurs en fonction de leurs performances.

 

 

Une optimisation des stratégies sportives en temps réel est-elle utopique ?

 

L’optimisation des stratégies sportives en temps réel existe déjà. Dans le domaine de la Formule 1, les techniciens décident à partir des données qu’ils reçoivent en temps réel, de la nécessité de passer au stand ou non. La Data room de Leicester fournit des informations en quasi temps réel, les informations fournies sont dupliquées sur le même match, de même en rugby et en cyclisme.

En football américain, le Quaterback conseille directement à ses joueurs la stratégie en temps réel.

La question qui se pose est de savoir si le football en temps réel est possible. L’évolution de la réglementation va être déterminante. Pour exemple, les possibilités de donner des consignes au pilote de Formule 1 sont très limitées aujourd’hui. Les Fédérations nationales et les gouvernements vont être décideurs sur l’utilisation future de la data dans le sport.

La collecte des données spectateurs va également permettre de mettre en place des stratégies en temps réel, basées sur la connaissance. DigiFood et Tech4Team s’illustrent dans le domaine.

 

DigiFood propose aux spectateurs de sélectionner leur événement (matchs, concerts, universités, etc.) et de renseigner leur localisation pour passer commande et se faire livrer à leur place. Ils proposent ainsi un service supplémentaire pour l’expérience spectateurs mais récupèrent aussi des données utilisateurs qui vont pouvoir être utilisées par les marques en quête d’améliorer l’expérience et de personnaliser la relation client. L’analyse des données permet de mieux cibler, de mieux vendre et d’optimiser les revenus afin de rendre le spectacle plus attractif.

A terme, on pourra envisager du marketing émotionnel. Si les spectateurs sont connectés, on va pouvoir connaître leurs émotions, par exemple liées à un but de Zlatan, et proposer en temps réel aux spectateurs des objets marketing à la vente.

 

L’un des derniers domaines d’avenir est celui du sport bien-être et santé, les gouvernements le prennent en considération. L’entreprise lSee étudie par exemple l’impact de l’activité physique sur notre métabolisme en permettant de déterminer l’alimentation et l’activité physique adaptées aux spécificités génétiques et métaboliques de chacun, grâce un suivi autonome et en temps réel de l’activité métabolique. La personnalisation de la médecine sportive et l’individualisation de la pratique sportive pour perdre du poids est l’une des pistes d’avenir pour le Big Data dans le domaine du sport.

 

 

Benjamin Carlier est diplômé d’un Master en management des organisations sportives. Chef de projet et chargé d’étude pendant 3 ans chez Carat Sport, agence de conseil en communication et marketing sportif, il a très vite choisi de se réorienter et est devenu le collaborateur parlementaire de Valérie Fourneyron à l’Assemblée Nationale avant de devenir Chef adjoint de son cabinet et conseiller sur un certain nombre de questions telles que le dopage et les relations avec les mouvements sportifs et le comité olympique. Suite au changement de gouvernement, il a décidé de rejoindre Paris&Co en Juillet 2014, l’agence de développement économique et d’innovation de Paris qui avait pour ambition, en lien avec la mairie de Paris, de créer un incubateur de startups dédié au sport. Il a été missionné dès 2014 pour une mission de pré-configuration de la plateforme d’innovation afin d’assurer qu’il y avait des startups intéressées pour rejoindre le projet mais également des partenaires potentiels de ces initiatives. Il est actuellement directeur du Tremplin. Nous avons souhaité avoir son point de vue sur les startups qui s’illustrent dans le domaine du Sport et de la Data.