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Temoignage

Elaia Partners est un fond de capital risque qui s’est fait un nom dans les domaines du numérique et des deep tech. Son mode d’approche : investir au plus tôt dans la jeune pousse - parfois avant même le développement d’un produit - pour participer ensuite à son développement, si possible à l’international. Parmi ses « pépites » : Critéo, tinyClues… Rencontre avec son spécialiste Big Data, Xavier Lazarus.

 

 

1/ La première question est simple : ça se détecte comment une pépite du Big Data ?...

Forcément, vous avez plus de chances de détecter des talents dans des incubateurs, des universités ou des laboratoires que dans la rue… Mais si vous voulez vraiment sourcer les meilleures entreprises, il vous faudra une compétence que beaucoup de fonds négligent : la connaissance technique.  Ce qui a fait la différence pour nous : on était un des rares fonds à disposer de l’appui de docteurs - issus de l’INRIA notamment - en plus de nos expertises personnelles (Xavier Lazarus dispose d’un Ph-D en mathématiques).

 

Ensuite, c’est une histoire de stratégie : pour nous, les trois critères les plus importants c’était
1/la taille du marché adressé (le produit ou service sera-t-il applicable sur un marché étendu ?),
2/ la valeur compétitive (le produit ou service correspond-il à une rupture ou une amélioration marginale ?), et 3/ la valeur de l’équipe (est-elle capable de délivrer ?).  A partir de là, même si le produit n’est pas encore mûr, vous pouvez considérer que les conditions sont réunies.

 

 

2/ C’était le cas de Critéo ?

Totalement. Ce qui était intéressant avec eux, c’est que leur produit n’était pas tout à fait mûr quand on est entré dans le financement :ils ont dû faire beaucoup d’itérations avant de sortir ce que l’on connaît aujourd’hui. Mais on sentait que c’était une entreprise solide…

 

 

3/ A part Critéo, quelles ont été vos autres trouvailles dans le Big Data ?

Critéo correspondait à la première génération de fonds que nous avions lancés dans la data, avec d’autres entreprises comme Orchestra Networks qui compte aujourd’hui parmi les leaders mondiaux de son secteur (infrastructure data de type MDM). Puis il y a eu la seconde génération avec Sigfox qui s’est imposée dans le domaine des télécoms et de l’IoT. Et nous travaillons actuellement sur les projets de 3e génération avec beaucoup d’IA et de détection de signaux faibles (tinyClues, Shift Technologies).

 

A chaque fois nous commencions avec un ticket d’entrée relativement bas (entre quelques centaines de milliers d’euros et 1 ou 2 millions) et nous progressions au même rythme que l’entreprise pour finir sur une quinzaine de millions.

 

 

4/ Au fur et à mesure des années, qu’est ce qui a changé dans l’intérêt que l’on porte à la data ?

A l’époque des premiers pas, ce qui nous passionnait quand on croisait une jeune pousse c’était qu’elle soit capable de gérer la complexité de la data sans forcément être un gros éditeur de software : on pouvait créer de la valeur à partir d’un simple modèle logiciel et de données volumineuses. Aujourd’hui on est davantage attirés par l’usage, par l’application de ces algorithmes et de ces infrastructures : quel service sont-ils capables d’apporter à leur marché ?

 

 

5/ Vous êtes financés à la fois par des capitaux publics et des fonds privés… quel est l’intérêt des investisseurs privés à vous suivre ?

Effectivement, nous bénéficions du soutien de la BPI et du FEI côté public, mais nous avons aussi des corporate ou des entrepreneurs qui cherchent à nous soutenir. La raison est simple : dans la mesure où nos fonds sont performants, ils représentent des opportunités d’investissement attractives. Mais au-delà de cette logique, il y a également un effet de veille : nous servons de poissons pilotes pour dénicher les meilleures solutions et permettre aux entreprises de les beta-tester en interne. Le grand public ne veut voir que les usages et se moque des technologies : ce sont donc les corporate qui ont le plus fort intérêt à manier des technologies et dénicher les plus innovantes en amont.

 

 

6/ Justement, y a-t-il eu un changement de comportement à l’égard des start-up ?

C’est vrai que l’on a tendance à beaucoup valoriser le rôle de la start-up dans l’économie digitale, avec des symboles comme la FrenchTech ou STATION F qui sont particulièrement visibles. Cependant, il y a encore un certain conservatisme dans les grands groupes, avec des DAF qui continuent de regarder leurs coûts, et une méfiance vis-à-vis de ces jeunes pousses qu’on a tendance historiquement à reléguer au rang de fournisseur. Ce qui a vraiment changé, c’est que désormais, ils ont compris ce que les start-up pouvaient apporter en termes de changement culturel ou managérial… et ils ne veulent pas louper le coche. Ceci dit, s’ils veulent racheter ces start-ups, il faut qu’ils y mettent le juste prix, sinon elles préféreront se vendre aux plus offrants de l’autre côté de l’Atlantique…

 

 

7/ Dans les années à venir, vous pensez que le Big Data sera toujours en haut de la courbe ?

On vit une phase de création massive sur ce marché, qu’il s’agisse de start-up ou de grands groupes. Inévitablement, il y aura un mouvement de concentration à un moment donné mais je pense qu’on a le temps… Demain, les entreprises auront une nécessité de bien gérer leurs données, ce ne sera même plus un avantage comparatif mais un indispensable. A partir de là, les entreprises qui auront placé la donnée au cœur et non à la marge auront plus de chance de survivre. Autant dire que les pépites du Big Data ont de beaux jours devant elles…